Johannes LANDIS, « Héros historiques dans le théâtre français (1902-1935) : crise d’une notion ». Colloque international Le Spectacle de l’Histoire, Centre de recherches en histoire quantitative (UMR 6583), LASLAR, Université de Caen-Basse Normandie, Abbaye d’Ardenne, 22-24 septembre 2010. Responsable : Chantal Meyer-Plantureux. Parution des actes prévue.

 

Entre 1902 et 1935, le « drame historique » est toujours vivace en France et met en scène de grandes figures de l’Histoire : Louis XI (Les Compères du Roi Louis, Fort), Bonaparte (Napoléon unique, Raynal), Robespierre, Rolland. Pourtant, peu de drames montrent le héros comme un moteur de l’Histoire (seulement chez Rolland). Ces personnages sont donc bien des héros car ils donnent au drame un centre, mais pas des héros historiques. Ils sont héros dans l’Histoire mais pas héros de l’Histoire.

Si le drame du premier XXème siècle peine à mettre en scène des héros historiques, il représente néanmoins des hommes et des femmes pris dans les évolutions sociales de leur temps. Un théâtre naturaliste élaboré à partir de sources documentaires ambitionne de montrer crûment les marginaux d’alors sans recourir à la dramaturgie classique du conflit (Les Avariés, Brieu). Mais même le drame réaliste de fiction, inspiré par le roman ou le cinéma, demeure une chambre d’écho pertinente pour mettre en lumière les rapports de la bourgeoisie au capitalisme et au patriarcat (Le Jour, Bernstein). Affichant au contraire sa dimension parabolique, le drame littéraire et poétique utilise les héros mythiques afin de traiter du thème de la guerre (La Guerre de Troie n’aura pas lieu, Giraudoux).

De la sorte, c’est la notion même de héros historique qui peut être questionnée. En effet, la succession des drames ici analysés montre que le héros est d’abord privé d’action sur l’Histoire (Fort) puis de dimension héroïque (Le Roi Soleil, Bouhélier) : le drame se désolidarise de tout système axiologique. Cette nouvelle représentation de l’Homme a des conséquences sur la conception du personnage dramatique : il n’est plus force agissante car il est agi par des forces sociales (Brieu), psychologiques (Bernstein) ou littéraires (Giraudoux). La dissolution du discours historique comme celle du sujet sera dépassée par deux solutions : le héros existentialiste, à jamais étranger au monde (Sartre) ; le héros du théâtre épique (Brecht), replacé par une ferme narration dans le processus historique, dimension proprement temporelle absente des drames étudiés.