Johannes LANDIS, « Le duel chez Henry Bernstein », in Duels en scène, cahier n°5, Avignon, C.E.R.I.E.A.S., à paraître, 12 p.

 

Épéiste redouté, Henry Bernstein se battit pour défendre ses pièces, en particulier lorsque celles-ci, bien que reçues à la Comédie-Française, connurent des créations houleuses : Après Moi (1911), Judith (1936). Cependant, le duel est absent voire souvent refusé par ses personnages. Cette pratique demeure en effet l’attribut d’une aristocratie en perte de vitesse, qui continue de perpétuer des codes archaïques quand le combat se doit de prendre une forme financière, ce que Forou et Jacques, parvenus géniaux, ont parfaitement compris dans Le Marché et Samson. Nonobstant, à bien considérer la dramaturgie de l’auteur, il ne paraît pas douteux qu’elle retrouve la forme du duel : non seulement le conflit est le moteur principal de l’action bernsteinienne, mais encore le répertoire ne cesse d’opposer plusieurs systèmes de valeurs antagonistes. Auteur et personnages paraissent alors concorder. Ils manifestent ensemble une soif d’Absolu qui met l’Autre en travers de leur chemin, déclenchant une lutte qui représente aujourd’hui l’intérêt du théâtre d’Henry Bernstein : profondément amoral, il dépeint le choc de forces aveugles lancées les unes contre les autres, chacune combattant pour sa survie propre.