Johannes LANDIS, « Culture scolaire et culture théâtrale françaises ». Colloque Culture scolaire et formation des enseignants. École Normale Supérieure de Meknès, Université Moulay Ismail, Institut français de Meknès, 14 novembre 2008. Responsable : Soumya El Harmassi. Parution prochainement in Oualili, cahiers de l’École Normale Supérieure de Meknès, 9 p.

 

L’enseignement du théâtre est désormais très répandu dans les lycées français. Après une période durant laquelle École et théâtre se sont regardés avec méfiance, ils semblent avoir cédé à une séduction mutuelle. Mais à quel prix ? Il est aujourd’hui possible de dresser un bilan d’étape sur les relations entre culture scolaire et culture théâtrale.

Toute une tradition pédagogique, remontant à Platon, se poursuivant avec Rousseau et l’instauration de l’École républicaine française, a tenu le théâtre en suspicion. Royaume de l’affect et de la féminité, cet art devait être combattu par la Raison. Cependant, l’exaltation de cette raison passait par l’usage d’une ritualisation empruntée à une religion dont l’École pensait s’émanciper. Autrement dit, bien qu’elle affichât son rejet du théâtre, l’institution scolaire en utilisait tous les outils. Déjà présent dans les collèges jésuites, le théâtre fut progressivement intégré dans l’École laïque. La manifestation la plus éclatante en a été, en 1988, la création de la discipline « théâtre-expression dramatique » en lycée, se fondant sur un dispositif partenarial avec des artistes du spectacle vivant. Le point de rencontre entre culture scolaire et théâtrale s’est établi sur quelques exigences propices à l’émergence du Sujet : instituer un collectif permettant la focalisation de l’esprit, construire un espace symbolique, s’exercer à cet art difficile : la transmission. Certains choix didactiques sont cependant les symptômes d’une dérive que la culture scolaire impose à la culture théâtrale. Des dispositifs désireux de développer l’analyse des élèves lorsqu’ils sont confrontés à des spectacles peuvent en effet avoir le défaut de ramener l’événement théâtral à un objet sémiotique intellectuel, évacuant le plaisir de l’expérience partagée, composante pourtant essentielle de la représentation. Pour éviter un tel dessèchement, une véritable formation des enseignants de théâtre (qui en France sont d’abord des enseignants de matières traditionnellement fondées sur l’écrit) est encore à inventer. L’enjeu est, pour les élèves comme pour les enseignants, d’aborder le théâtre dans toute sa diversité, objet artistique mais aussi expérience sociale porteuse de plaisir et de sens.