Johannes LANDIS, « Le couple dans le drame d’Henry Bernstein : du boulevard du Crime aux méandres du cœur ». Colloque Je t’aime, je te hais. Le théâtre du couple au XXe siècle, Université de Montpellier III-Paul Valéry, Centre d’étude du XXe siècle, 2 février 2006. Responsable : Florence Vinas-Thérond. À paraître aux Presses Universitaires du Littoral, 13 p.

 

Le fonctionnement du couple bernsteinien repose sur un système d’échange, établi par un pacte et repérable à la figure de l’énallage. Mais cette perpétuelle transaction peut être déséquilibrée, soit par un monologisme latent, soit par l’intervention d’un tiers, cependant plus ambivalent que la tradition ne le présentait. Bernstein transforme les topoï boulevardiers attachés au couple : la scène de jalousie est dévitalisée, quant au duo d’amour, il n’existe que sous forme parodique. Ce que le public de Bernstein a célébré fut donc une vision du couple placée sous le signe du narcissisme. En effet, les partenaires du couple bernsteinien ne donnent rien gratuitement et engagent avec l’autre une relation de dominant à dominé, dans un espace bourgeois dont les mœurs sont de plus en plus libres. A telle enseigne, on ne peut nier que le mélodrame, ainsi que l’avait noté Faguet, n’apparaisse comme l’hypotexte majeur d’une telle représentation. Pourtant le dramaturge, bien que pur produit de l’idéologie bourgeoise, se garde de vouloir délivrer une morale et échappe ainsi au principe manichéen du mélodrame. Il est vrai que le mélodrame avançait sur un boulevard, celui du Crime. Plus de boulevard chez Bernstein, plus de crime non plus, mais un dédale dans lequel le couple devient son seul ennemi. Le couple y avance laborieusement, croit se retrouver mais se perd, fait nombre de détours avant de revenir parfois à son point de départ. La menace n’est plus hors du couple mais s’y est sourdement, subrepticement glissée.